Père, tu ne disais rien ces temps où tu étais seul et malheureux. Je faisais comme si je n’entendais pas que tu ne disais rien. Nous étions nourris de ciel muet. Et que pouvait le ciel sur cette terre aride où l’épilet sauvage piquait et séchait au talus poussiéreux ? Que pouvait le ciel quand le mufle des vents malmenait des feuilles amoncelées depuis si longtemps ? Que pouvait le ciel quand le caillou blessait dans chaque soulier ? Que pouvait le ciel quand l’inane pendule tranchait les jours en secondes erratiques emportant les mots avant qu’ils ne se posent. Père, la dure réalité est un espace lisse sur lequel mon écriture bute et dérape. Je sens l’urgence des mots mais ils s’éloignent, fatigués. Je voudrais le chant du monde, je n’ai qu’un filet de voix. Comme toi jadis, j’apprends la solitude. Comme toi, je ne suis pas de celles qui tournent le dos à la route. Père, je te sais de loin, mais je te sais. Comment te dire ce que tu n’as pas su dire ? L’été se profile, implacable, comme il sait l’être dans le sud.

Ile Eniger

 

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