PREVERT

Le soleil brille pour tout le monde,

il ne brille pas dans les prisons,

il ne brille pas pour ceux qui travaillent dans la mine,

ceux qui écaillent le poisson

ceux qui mangent de la mauvaise viande

ceux qui fabriquent des épingles à cheveux

ceux qui soufflent vides les bouteilles que d’autres boiront pleines

ceux qui coupent le pain avec leur couteau

ceux qui passent leurs vacances dans les usines

ceux qui ne savent pas ce qu’il faut dire

ceux qui traient les vaches et ne boivent pas le lait

ceux qu’on n’endort pas chez le dentiste

ceux qui crachent leurs poumons dans le métro

ceux qui fabriquent dans les caves les stylos

avec lesquels d’autres écriront en plein air

que tout va pour le mieux

ceux qui en ont trop à dire pour pouvoir le dire

ceux qui ont du travail

ceux qui n’en ont pas

ceux qui en cherchent

ceux qui n’en cherchent pas

ceux qui donnent à boire aux chevaux

ceux qui regardent leur chien mourir

ceux qui ont le pain quotidien relativement hebdomadaire

ceux qui l’hiver se chauffent dans les églises

ceux que le suisse envoie se chauffer dehors

ceux qui croupissent

ceux qui voudraient manger pour vivre

ceux qui voyagent sous les roues

ceux qui regardent la Seine couler

ceux qu’on engage, qu’on remercie,

qu’on augmente, qu’on diminue, qu’on manipule,

qu’on fouille qu’on assomme

ceux dont on prend les empreintes

ceux qu’on fait sortir des rangs au hasard et qu’on fusille

ceux qu’on fait défiler devant l’Arc

ceux qui ne savent pas se tenir dans le monde entier

ceux qui n’ont jamais vu la mer

ceux qui sentent le lin parce qu’ils travaillent le lin

ceux qui n’ont pas l’eau courante

ceux qui sont voués au bleu horizon

ceux qui jettent le sel sur la neige

moyennant un salaire absolument dérisoire

ceux qui vieillissent plus vite que les autres

ceux qui ne se sont pas baissés pour ramasser l’épingle

ceux qui crèvent d’ennui le dimanche après-midi

parce qu’ils voient venir le lundi

et le mardi, et le mercredi, et le jeudi,

et le vendredi, et le samedi

et le dimanche après-midi.

.

JACQUES PREVERT
— À lire sur emmila.canalblog.com/archives/2018/08/30/36666292.html

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LA COMBUSTION DE L’ANGE

Au détour d’un poème en marche vers le Rien
j’ai rencontré Quelqu’un
qui dans l’ombre me parle en silence
et qui est mon chemin
connaissant tout de moi depuis bien avant ma naissance
au point que je défaille soudain
de surprise d’effroi et d’une étrange joie
devant cette Existence immense qui me tutoie.

.

MARC ALYN

— À lire sur emmila.canalblog.com/archives/2018/08/29/36663796.html

La vita è bella, par Roberto Boulant | Blog de Paul Jorion

La vita è bella, par Roberto Boulant | Blog de Paul Jorion
— À lire sur www.pauljorion.com/blog/2018/08/28/la-vita-e-bella-par-roberto-boulant/

« Vous je ne sais pas, mais moi je trouve notre espèce absolument formidable ! Prenez par exemple le cas de cette étrange peuplade, les Hexagons. Ils organisent à grand renfort de réclame de grands raouts mondiaux sur le thème « Make Our Planet Great Again », nous tirent des larmes des yeux avec des slogans chocs « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », ou bien encore hurlent à l’inconséquence des masses le Jour du dépassement (mais uniquement celui-là, ce qui nous donne un ratio de 1/365 les années non bissextiles).

Et pour mettre leurs paroles en conformité avec leurs actes, alors que les oiseaux disparaissent de nos campagnes à une « vitesse vertigineuse », que viennent-ils de décider ? Oui, bravo vous avez deviné ! De diviser par deux le prix du permis de chasse, et d’ouvrir la possibilité de tirer de nouvelles espèces alors que parmi les 64 chassées actuellement, il en y a déjà 20 qui sont menacées de disparition.

Et les chasseurs de balayer d’un revers de main les accusations de décisions bassement électoralistes en faisant remarquer que si les oiseaux disparaissent, ça n’est pas de leur fait, mais à cause des insecticides, de l’agriculture intensive, de l’artificialisation des sols et du réchauffement climatique en général. Eux ne feront que massacrer les survivants donc…

Alors dans cette ambiance de cynisme généralisé, il convient tout de même de saluer la tardive démission d’un Nicolas Hulot qui s’est finalement rendu à l’évidence : le modèle de développement prôné par les lobbys et appliqué par leurs affidés politiques, est tout simplement incompatible avec la survie de l’espèce. Voilà maintenant qu’ils veulent remplacer les oiseaux de nos campagnes par une nouvelle espèce invasive, « l’élu local LREM » !

Bref, après avoir contribué à sauver la Grèce mais pas les Grecs, les néolibéraux vont sur ce même principe sauver la planète… mais pas les oiseaux ! »